L'Atrium, revue électronique

L’Abécédaire

A – Amateurs vs professionnels

par Jean-Philippe Guye « L’œuvre beethovénien abandonne l’amateur et semble […] appeler la nouvelle déité romantique, l’interprète[1]« . Ainsi considéré, le piano beethovénien se trouve à la charnière d’une socialité musicale, héritée du XVIIIe siècle et incarnée par la figure de l’amateur éclairé, et celle de l’interprète démiurge du romantisme, qui trouvera sa figure avec Franz Liszt ; [...]

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B – Bithématisme

par Jean-Philippe Guye L’Allegro de sonate beethovénien adopte le plus souvent le principe d’une opposition franche entre deux mondes thématiques contrastés, corrélés sans ambiguïté avec l’opposition tonale constitutive de la « forme sonate* ». Cette interaction de deux univers en opposition est en œuvre aussi bien lors des phases d’exposition / réexposition que dans la dynamique de [...]

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D – Dédicaces

par Jean-Philippe Guye Vingt-quatre des trente-deux sonates présentent une dédicace. Témoignant du complexe jeu d’élaboration et de consolidation des « ressources sociales » de Beethoven (DeNora, 1998), ces adresses dédicatoires, sans être au sens propre rétribuées, obéissent à de subtiles stratégies d’échange/don, longuement pensées, parfois négociées, en fonction de l’importance des œuvres comme des destinataires. Le rang [...]

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E – Éditions anciennes – éditeurs

par Jean-Philippe Guye Deux jeux de mots reviennent fréquemment sous la plume de Beethoven, pour qualifier ses rapports avec les éditeurs : Verleger (éditeur) et verlegen (embarrasser, gêner) ; Not (nécessité, besoin) et Notten (les notes de musique[1]). L’aspiration au sublime dont sa musique témoigne est sans cesse contredite et comme tirée vers le bas par les embarrassants [...]

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F – Forme sonate

par Jean-Philippe Guye Une cinquantaine de mouvements, sur les cent trois que comportent les sonates de Beethoven, s’apparentent à l’une ou l’autre des trois espèces de forme sonate : « Allegro de sonate » (de type « premier mouvement[1] »), rondo-sonate*, forme sonate sans développement (cf. « Lents. Mouvements »). Toutes les sonates comportent au moins un mouvement utilisant une de ces [...]

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F – Fugue

par Jean-Philippe Guye L’emploi d’une texture fuguée, dans le cadre homophone du style galant, qui dominait largement – musique religieuse exceptée – dans les années 1770-80, fut l’un des enjeux compositionnels marquants, chez Haydn puis chez Mozart. C’est une des dimensions du style classique que cette intégration de techniques issues du passé dans un style [...]

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H – Hammerklavier

par Jean-Philippe Guye Clavier à marteaux. Mot choisi par Beethoven en janvier 1817, avant la parution de la Sonate op. 101, en vue de rebaptiser d’un vocable germanique l’instrument jusque-là désigné en italien, pianoforte. Après hésitations entre Tastenflügel, Hammerflügel et Tasten-und Hammerflügel, qu’il dit préférer, c’est finalement Hammerklavier que le compositeur retient brièvement. Seules les [...]

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I – Incipit

par Jean-Philippe Guye Comment débuter ? Beethoven privilégie, dans les premières œuvres, les prises de possession immédiate de l’auditoire par un thème autoritaire et clos, fermement assis sur la tonique (des trois sonates de l’op. 2 à l’op. 106). Jusqu’au bout, de nombreux mouvements de « sonate* » resteront fidèles à ce schéma. Une double exposition varie parfois [...]

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I – Instruments

par Jean-Philippe Guye On ne connaît pas de manière certaine l’ensemble des pianos[1] que posséda Beethoven, ou qu’il eut à sa disposition – prêt, location, essai… – pendant un certain temps. La Correspondance montre des échanges constants avec plusieurs facteurs, relations caractérisées comme pour les éditeurs*, par de complexes liens d’amitié, mêlée – de part [...]

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K – Klopfmotiv

par Jean-Philippe Guye Motif des coups frappés : trois brèves une longue (UUU–). Dit aussi « péon IV », en rythmique antique. Cette formule de quatre valeurs (trois croches une noire, trois noires une blanche[1], etc.), reste associée au destin, du fait d’une réponse lapidaire de Beethoven à Schindler à propos de la 5e Symphonie : « So pocht das Schicksal an [...]

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L – Langue : italien vs allemand

par Jean-Philippe Guye L’italien reste pour l’essentiel la langue utilisée dans les sonates, tant pour les indication de tempo (Presto, Andante…), de forme (Menuetto, Rondo…) que de caractère (con espressione, appassionato…). Beethoven a cependant tenté, à partir de la 27e Sonate, op. 90, un large usage de l’allemand – parfois assorti de traductions en italien. [...]

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L – Lents (Mouvements)

par Jean-Philippe Guye Le mouvement lent est le lieu traditionnel d’expressions affectives, allant du triste (mesto : op. 10/3) au passionné (appassionato : op. 2, 106), de l’expressif (con affetto[1] : op. 101, espressivo : op. 81a, con – gran ou molta – espressione : op. 7, 11, 13) au sentiment exacerbé (appassionato e con molto sentimento : op. 106), du délicatement chantant (cantabile : op. 13) au [...]

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M – Manières

par Jean-Philippe Guye Trois manières, styles, ou périodes. La trinité du classicisme viennois, Haydn, Mozart, Beethoven, se couronne d’une autre élaboration ternaire, celle des « époques créatrices ». Reprenant la structure narrative classique (début, milieu, fin) des âges de la vie : enfance, maturité, vieillesse – matin, midi, soir, qui structure, depuis l’énigme du sphinx, tant de représentations et [...]

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M – Mouvements (Nombre de)

par Jean-Philippe Guye Contrairement au concerto, ou même à la symphonie et au quatuor à cordes (style tardif excepté), la construction de la sonate pour piano apparaît sous le signe constant de la diversité. Alors que la plupart des sonates de ses principaux prédécesseurs (C. P. E. Bach, Haydn, Mozart) comptent trois mouvements, contre quatre pour celles [...]

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N – Nouveau Testament

par Jean-Philippe Guye « Le Clavier bien tempéré est l’Ancien Testament, les Sonates de Beethoven le Nouveau. » L’aphorisme est attribué à Hans von Bülow. Il s’augmente d’une coda prescriptive, moins connue : « Au deux nous devons croire[1]. » Hans von Bülow (1830-1894), chef d’orchestre fameux, mais aussi pianiste, pédagogue et compositeur, fut le premier mari de Cosima Liszt, [...]

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O – Opus

par Jean-Philippe Guye Jusqu’à l’op. 31, Beethoven conserve l’usage de publier la plupart de ses sonates par trois (op. 2, 10, 31) ou par deux (op. 7, 14, 27), sous un même numéro d’opus. À partir de 1804 (Sonate « Waldstein »), le processus d’individuation croissante des œuvres, lié pour nombre d’entre elles à leurs plus vastes dimensions, conduit [...]

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P – Piano

par Jean-Philippe Guye La musique de Beethoven est contemporaine des transformations considérables d’un instrument*, le piano-forte, dont le compositeur fut bénéficiaire aussi bien qu’un des principaux acteurs. Que Beethoven se dît constamment insatisfait de l’instrument comme « moyen » ne tient pas uniquement à l’imperfection, ou du moins à l’instabilité organologique du piano, entre 1792 et 1826, [...]

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R – Reprise

par Jean-Philippe Guye Répétition textuelle de l’exposition d’un Allegro de sonate, ou de sa seconde partie (développement et réexposition, souvent moins la coda). La reprise est une donnée fondamentale de la forme sonate*, issue des formes binaires (AABB) héritées du baroque. Il faut distinguer la première reprise (de l’exposition) de la seconde (du développement* et [...]

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R – Rondo-Sonate (finale)

par Jean-Philippe Guye Cette forme est adoptée par Beethoven, comme par nombre de ses prédécesseurs, dans une majorité des finales de ses sonates : quinze mouvements contre dix en simple « sonate ». Elle combine le principe bithématique de cette dernière (cf. « Forme sonate ») avec le retour régulier du thème « A », utilisé comme refrain, soit textuel (op. 7, [...]

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S – Scherzo et menuet

par Jean-Philippe Guye Le scherzo est à la fois un caractère, un genre et une forme. Vif, plein d’humour et de légèreté (op. 2/2 et 3, op. 26 et 28, op. 31/3), conformément à son étymologie (scherzare : plaisanter), théâtre fréquent de jeux rythmiques, il prend dans l’op. 106 le caractère fantastique de son homologue de la 9e Symphonie, qu’il conservera fréquemment [...]

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S – Senza sordini

par Jean-Philippe Guye Le premier mouvement de la Sonate « Quasi una fantasia* », op. 27/2, porte, après l’indication de tempo « Adagio Sostenuto », cette inscription : « Si deve Suonare tutto questo pezzo delicatissimamente e Senza Sordino[1] ». À quoi s’ajoute, sous les triolets de la main droite : « Semper [sic] pianissimo e Senza Sordino ». Cette double injonction a fait couler beaucoup [...]

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T – Tessiture

par Jean-Philippe Guye L’étendue du clavier des sonates de Beethoven a suivi la rapide évolution des instruments* de son temps, elle-même en partie reflétée par les pianos joués ou possédés par le compositeur. Seules les œuvres permettent de mesurer cette évolution, aucun document n’attestant une demande explicite d’extension du clavier, par Beethoven. Voici la tessiture [...]

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T – Titres et sous-titres

par Jean-Philippe Guye Les titres désignant de nombreuses sonates sont pour la plupart apocryphes. Seul ceux de l’op. 27, « Quasi una fantasia* », et de l’op. 81a : « Lebewohl, Abwensenheit und Wiedersehn » (« Les Adieux, l’absence, le retour ») sont authentiques : pour cette dernière, l’absence, due à l’occupation française, de l’élève et protecteur de Beethoven, l’archiduc Rudolf, à qui l’œuvre [...]

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T – Trille / Timbre

par Jean-Philippe Guye Le trille est, avec la fugue*, un des éléments de langage qui permet le mieux de mesurer la tendance de la pensée de Beethoven à transcender l’instrument (cf. « Piano ») jusqu’à son point de dépassement. Singulière conjonction, dans l’Arietta de l’op. 111 entre la variation* comme fin de la sonate, de toute sonate, et [...]

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V – Variations

par Jean-Philippe Guye Si Beethoven passe par excellence pour le compositeur du développement, la variation constitue un horizon privilégié de son style comme de son évolution stylistique. Son œuvre contient quarante-six cycles de variations autonomes (sans compter les variations intégrées : mouvements en forme de variations, insérés dans des œuvres d’esthétique sonate*), constituant ainsi le genre [...]

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W – Witz

par Jean-Philippe Guye Trait d’esprit, trouvaille, mais aussi mode singulier de connaissance (wissen : connaître), le Witz est une forme d’expression, dont le cercle d’Iéna fit la théorie[1]. Beethoven semble a priori éloigné de cette pensée, qui introduit à celle du fragment et de la déconstruction romantiques, de Schumann à Mahler. Une partie de sa musique [...]

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Bibliographie-abecedaire

Bibliographie de l’abécédaire

Principaux ouvrages cités. Par Jean-Philippe Guye.

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