Triokurde

Saison en cours | saison 2015 - 2016

Voix d’Orient

Musique traditionnelle

Jeudi 7 avril
20:00 - Salle Varèse
3, quai Chauveau
Lyon 9e
04 72 19 26 61
Tarif : 12 € location à/c du 31/03

Trio Esman

Mehmet Salih İnan, chant et luth saz (baglama)

Mehmet Çağrı Koç, chant et flûte oblique kaval
Muhammed Besi, tambour sur cadre def (erbane)

Origines du dengbej

Dengbej est un terme kurde composé des mots deng (la voix) et bej (radical des verbes dire, chanter). Ce mot désigne à la fois le chant et celui ou celle qui chante. Le dengbej est déclamé suivant un rythme libre et, originalement, à voix nue. Ce type de répertoire se retrouve dans tout le Kurdistan mais les régions du Serhat (Ağrı, Kars, Van, nord-est du Kurdistan) et du Botan (Hakkari, centre-est du Kurdistan) en constituent des aires privilégiées d’expression.
Cette tradition pluriséculaire est chantée par des bardes qui peuvent être des hommes ou des femmes et qui, initialement, se déplaçaient de village en village pour conter et transmettre vocalement, souvent a capella, des événements historiques, épico-légendaires ou plus quotidiens. Les chants du dengbej ont été transmis oralement, de génération en génération, dans un contexte familial, villageois et communautaire : ils sont les dépositaires de la mémoire et de l’histoire collective du peuple kurde. Ils reflètent les victoires et défaites militaires de celui-ci, l’oppression que la région du Kurdistan a subie au cours de l’histoire de la part des pouvoirs centraux. Ils se font aussi les témoins d’événements plus personnels tels que des histoires d’amour, souvent inscrites dans une esthétique pittoresque ou la nature tient une place centrale. Enfin, les ağıt (élégies) occupent une place très importante dans la culture anatolienne en général, et sont fréquemment présentes dans la musique kurde. On pourra entendre au cours du concert de ce soir plusieurs pièces composées à la suite d’un deuil personnel ou d’un drame collectif : traditionnellement, le chagrin dû à la perte est souvent exprimé par les femmes à travers un chant dont les paroles et la mélodie sont improvisées.
Les membres du trio Esman (le ciel, en kurde) sont tous nés, et ont grandi, dans des régions kurdes et dans un contexte kurdophone. Ils ont acquis leur répertoire, leur technique vocale et instrumentale, par imprégnation familiale et communautaire mais aussi, après leurs études en musique traditionnelle turque (qui ne comprend pour l’instant académiquement que la musique turcophone), par une démarche volontariste de se réapproprier une tradition qui risque de s’affaiblir du fait de la mondialisation comme du contexte d’oppression de la culture et de la langue kurdes tout au long du XXe siècle.